Medley

Un relevé un peu différent ici, puisqu’on s’attaque à une analyse de style plutôt qu’à un morceau traditionnel, à travers un medley de Porcupine Tree concocté par mes soins et enregistré avec des amis musiciens.

En montant bout à bout sept extraits de morceaux du groupe issus des albums Deadwing et In Absentia, j’ai essayé en toute humilité de capturer l’essence du jeu de Gavin Harrison, le grand maître des illusions !

Pour consulter la vidéo avec la partition qui défile, c’est ici !

Les morceaux retenus pour ce medley sont les suivants :

  • Blackest Eyes (95 bpm)
  • Sound Of Muzak (95 bpm)
  • Futile (112 bpm)
  • Open Car (88 bpm)
  • Start Of Something Beautiful (160 bpm)
  • Mother And Child Divided (120 bpm)
  • Anesthetize (110 bpm)

Vous trouverez ci-dessous quelques conseils pour travailler ces différents morceaux. Il ne s’agit pas de fournir une description détaillée mais simplement de donner quelques clefs pour mieux les aborder. Ainsi, je me suis limité aux passages les plus significatifs. Petite précision préliminaire : c’est quand même chaud patate, donc préparez-vous à avoir quelques suées !

Blackest Eyes

Commençons par le plus « simple » mais néanmoins très efficace titre qui ouvre l’album In Absentia.

Le break d’intro ci-dessous se joue sur deux temps :

On peut le compter en groupes de 3-3-2, à savoir 1-2-(3) 1-2-(3) 1-(2), les chiffres entre parenthèses étant joués sur la grosse caisse. On retrouve ce groupe de notes à différents endroits dans le morceau, comme en M3, M7 ou encore M9 (juste avant le fameux break de coordination). L’idée étant à chaque fois de respecter ce même schéma rythmique, tout en faisant varier les toms utilisés, en les remplaçant par des flas de CC, ou encore en doublant certaines grosses caisses à la double… Pas de difficulté particulière une fois qu’on a le truc en tête ! A noter que la pêche cymbale sur la quatrième double croche à la fin du pattern amène à démarrer en l’air sur le rythme qui suit.

Vient ensuite le break de coordination GC/CC (mesures M11 à M14) :

Je pense que le mieux reste de le décrypter lentement, temps par temps. Si vous n’êtes pas à l’aise en solfège rythmique, écoutez-le bien pour le mémoriser et le reproduire de façon naturelle. C’est vraiment un pur exercice de coordination. Sur les doubles croches (seconde partie de la mesure M11), le doigté est libre : personnellement, j’opte pour du frisé. Au final, c’est plus difficile à retenir qu’à jouer.

Enfin, le passage que je préfère est le rythme du pont qui termine cette première partie du medley (mesures M37 à M42) :

Tout l’intérêt de ce rythme saccadé, qui comporte ici ou là quelques syncopes de CC bien senties, c’est la brève ouverture de charleston jouée sur chaque temps (ronds barrés). Il est impératif de respecter ce placement d’ouverture pour reproduire l’effet voulu (et non pas sur le contre-temps, c’est pas de la disco !) . On peut jouer l’ostinato de charleston à la noire pour commencer, afin de bien maîtriser cette fameuse ouverture, puis passer progressivement en croches pour gagner en groove. A ce moment-là il faudra prendre soin de ne pas accentuer les « et » qui doivent rester suggérés.

Sound Of Muzak

Muzak est quasiment bâtie sur un seul pattern en 7/8, développé tout au long du couplet et du pré-refrain :

D’un point de vue du combo « GC/CC », ce rythme est effectivement joué en 7/8. Jusqu’ici, rien de bien particulier. La nuance vient de l’ostinato, joué en croches sur le charleston, sur lequel on doit maintenir des accents réguliers comme si on interprétait un groove standard en 4/4 (ou plutôt en 7/4 pour être précis) !

Ce plan, c’est du pur Gavin Harrison : il s’agit de la première illusion rythmique rencontrée dans le medley. A l’écoute, soit on se focalise sur la GC/CC et on entend clairement un rythme asymétrique, soit on se concentre sur le charley et on entend un schéma régulier avec des accents binaires. Cette dualité perturbante fait tout le sel du groove. C’est une forme de polyrythmie à la batterie, basée sur des décalages d’accents. C’est la raison pour laquelle ces derniers se décalent sur les contre-temps de la deuxième mesure en 7/8 : il faut donc 2 mesures pour effectuer un cycle complet.

Pour le bosser, on peut commencer par l’interpréter « straight », c’est à dire en 7/8 sans se soucier des accents de charleston. Une fois qu’on a le schéma rythmique GC/CC en tête, on intègre les accents binaires au charleston en se concentrant bien sur celui-ci, le but étant de ne pas perdre le fil entre le « haut » et le « bas ».

C’est un peu déroutant et inconfortable au départ, mais avec un peu de pratique, on finit par le faire sans réfléchir et on commence à groover. En d’autres termes, après la dualité onde – corpuscule, Gavin Harrison a inventé la dualité pair – impair.

Un fois qu’on maitrise la tournerie de base, il est alors possible d’ajouter toutes les fioritures qui enrichissent encore nettement le rendu : ghost notes et roulés de CC, ouvertures de charleston ponctuelles, ajout de quelques cymbales (splash, dôme de ride), etc… On peut travailler ce rythme pendant des années en le faisant groover d’innombrables façons.

Futile

Bon, là, on va moins rigoler, car tout est absolument abominable dans ce morceau ! Le groove ambiant (partie chantée) qui suit la longue et folle intro étant contre toute attente le passage le plus dur à maîtriser !!!

On ne va pas se mentir, ce morceau n’est pas forcément le plus digeste du groupe, il s’apparente plutôt à un exercice de style, mais par contre il est génial à bosser et s’avère très formateur.

Tout commence pourtant bien, avec 6 premières mesures vraiment cool de M84 à M89. Et puis ça part brutalement en live avec un rythme ultra saccadé sur 4 mesures à partir de M91 :

C’est du grand n’importe quoi en termes de placements rythmiques, on martèle la crash en se décalant dans tous les sens sur GC/CC. Et pourtant c’est en 4/4 (à part la dernière mesure)… En tout cas, c’est totalement jouissif ! Il y a un côté djent dans ce plan, les fans de Tesseract apprécieront.

Pour le bosser, je conseille de le déchiffrer mesure par mesure, très lentement, en veillant au placement chirurgical de chaque coup. Personnellement, j’ajoute le pied de charleston sur tous les temps pour avoir un repère temporel régulier autour duquel placer les autres notes. Le seul avantage dans l’interprétation de ce pattern, c’est qu’il n’y a aucune nuance dans le jeu, il faut frapper fort !

On notera l’effet « ternaire » apporté par l’espacement des notes entre la fin de la mesure M93 et le début de la mesure M94 : ce truc se sent bien sans compter et permet de se projeter « sereinement » sur la suite.

Ben oui, parce qu’évidemment on en reste pas là et on enchaine directement sur un gros break de coordination (M95) :

J’ai choisi de l’écrire en 13/8 pour l’aspect pratique. Ce qui compte ici n’étant pas le détail exact des métriques mais plutôt de repérer sur la partition le motif qui se repète 4 fois à l’identique avant le fla de CC. En langage de batteur, ce motif peut se chanter ta-poum-ta-poupoupou. Les séries de 3 grosses caisses sont jouées à la double et en frisé (D-G-D). Il faut chopper le truc 😉

Après, comme tout le reste du morceau, c’est jouable en bossant un peu, mais le plus dur consiste ensuite à tout enchainer sans se vautrer…

Ensuite, on a droit à une petite pause technique des mesures M96 à M111 avec un plan en ternaire excellent à jouer. J’y ai d’ailleurs ajouté une variation en moulin ternaire sur le dernier cycle qui n’est pas présente dans l’original, juste pour montrer que diverses interprétations sont possibles. La seule difficulté de ce passage, c’est de bien sentir le changement de débit entre deux parties bien ancrées en binaire.

On en arrive alors au fameux groove du couplet à partir de la mesure M112. En voici un petit extrait :

Ce rythme est assez particulier et plutôt difficile à appréhender car le placement des GC et des accents de CC est totalement contre-intuitif ! Sur un passage ambiant comme celui-ci, on pourrait s’attendre à un groove plus classique et naturel… et bien non ! Pourtant, une fois de plus, c’est « juste du 4/4 ». Décidément, Gavin Harrison aime nous retourner le ciboulot quand on s’y attend le moins.

Une précision très importante : le charleston joué sur les temps est accentué alors que celui joué sur les « et » est suggéré, ce qui n’apparait pas sur la partition (par souci de lisibilité, je n’ai indiqué que les accents et les ghost notes à la CC).

Une méthode pour le décortiquer :

  • commencer par jouer des doubles croches en frisé DGDG sur le charleston fermé, sans souci d’accentuation (4 séries de 4 doubles pour une mesure à 4 temps)
  • accentuer la première des quatres doubles sur chaque temps et jouer les 3 autres notes pianissimo
  • décaler la main gauche sur la CC en maintenant ce débit régulier de doubles croches avec une alternance HH/CC. La première double jouée au HH reste accentuée (c’est fondamental) alors que les trois autres doubles (CC/HH/CC) sont en ghost et forment un « tapis ». Cette fois, on a la base !
  • maintenant, on peut ponctuellement frapper certaines CC au lieu de les jouer en ghost, comme indiqué sur la partition : ces accents sont difficiles à maintenir sur la durée car placés sur la quatrième double alors que l’on continue à accentuer la première double au HH !
  • enfin, on ajoute les GC qui sont également sur la quatrième double…
  • … et on suit la partition complète car les GC et CC ne se répètent pas de façon régulière (histoire d’en rajouter une couche)

Au final, on a un ostinato de HH avec une accentuation binaire classique sur les temps mais des accents de GC/CC au fond du temps sur les quatrièmes doubles croches, ce qui créé ce ressenti si particulier. La difficulté étant de maintenir proprement le placement de ces accents tout en maintenant l’ostinato joué au HH, et sans se faire influencer par le flot naturel de la musique qui accompagne et pousse à « revenir dans le temps ». Bon courage !

Enfin, last but not least, nous arrivons au refrain qui clôt ce passage dans le medley. Et si on remettait une petite couche d’illusion rythmique :

Il s’agit d’un groove que j’apprécie particulièrement : la combinaison de celui-ci avec la guitare rythmique qui semble passer en ternaire sur la fin est excellente. Ce pattern est découpé en 4/4 – 3/4 – 4/4 – 4/4. On le joue sur la ride, avec _comme précédemment_ des accents sur le temps (privilégier le dôme de la ride) et des « et » suggérés. Il est vraiment important de bien maintenir cette accentuation tout du long pour obtenir le rendu adéquat.

Au milieu du 3/4, les deux CC frappées qui se suivent créent un décalage qui persiste jusqu’à la fin du plan : à partir de là, toutes les CC, qu’elles soient frappées ou en ghost, seront sur des contre-temps ! Dans l’absolu, les placements rythmiques sont certes originaux mais tout à fait gérables. Le problème, encore une fois, sera de maîtriser les accents, entre ceux de la ride qui restent réguliers et ceux de la CC qui se déplacent… C’est ce mélange subtil qui créé cette nouvelle illusion et fait que ce plan sonne monstrueusement bien.

Open Car

J’ai déjà traité ce titre sur le site dans sa version complète, donc no comment, rendez-vous ici pour tous les détails !

Start Of Something Beautiful

Changement d’ambiance : on calme un peu le jeu ici avec un morceau très aérien. Je mets de côté les rythmes en 5/4 qui composent refrain et pré-refrain : bien que très sympas, ils ne présentent pas de difficultés particulières. Concentrons-nous plutôt sur le couplet basse/batterie en 9/4, un véritable modèle de groove exécuté tout en finesse :

Une fois n’est pas coutume, on retrouve notre ostinato de HH en croches avec accents sur les temps et ghost notes sur les contre-temps. On remarquera toutefois que le débit du HH est parfois interrompu, ce qui permet de faire respirer le rythme en créant une certaine tension (par exemple sur le 3ème temps de chaque mesure avec l’ouverture de charleston à la noire) ou bien de mettre d’autres éléments plus en avant (tom aigu sur le 9ème temps en M171 et M173, coup de CC « écrasé » sur le 9ème temps en M174…). Il faudra veiller à une bonne souplesse du poignet pour maintenir et reprendre le HH de façon fluide, car le tempo est tout de même à 160 bpm !

Au niveau des placements rythmiques, on remarquera qu’après l’ouverture de HH sur le 3ème temps, on frappe une CC sur le 4ème temps avant de « renverser » le rythme sur les 5 autres temps, puisque toutes les notes de GC et CC qui suivent sont alors placées sur des contre-temps. Cet effet rythmique, combiné aux accents de HH évoqués plus haut, confère à ce rythme son groove si caractéristique.

Comme d’habitude, ne pas hésiter à rajouter d’autres petits effets pour enrichir le groove une fois le pattern de base maitrisé. Les deux ghost notes à la CC au début de la mesure M174 sont très efficaces en ce sens.

Fermez les yeux et… laissez-vous bercer par le flow !

Mother And Child Divided

Sur ce court extrait, je n’ai sélectionné que le pattern principal du morceau, mais quel pattern… Allez, c’est parti, on s’envoie une dernière illusion rythmique pour la route, avec cette fois-ci un plan en 5/8 (ça manquait au tableau…) :

La tournerie s’effectue sur un cycle en 5/8 – 5/8 – 6/8. Le demi-temps « ajouté » à la fin de chaque cycle (d’où la mesure en 6/8) est l’occasion de placer deux effets distincts : sur la fin du premier cycle (M225), il s’agit d’un petit roulement de CC (DDGG) joué en ghost, alors que sur la fin du second cycle (M228), c’est un demi-sextolet de GC joué à la double pédale. Pour ce dernier, j’ai l’habitude de le passer en frisé (DGD), ce qui nécessite d’attaquer au pied gauche la première grosse caisse du cycle suivant (DGD+G) ! Ce gimmick (cette phrase choc…) est un peu délicat à passer proprement, surtout dans le contexte complexe du rythme. Attention d’ailleurs à la mesure M239 où ce triplet de GC est avancé en début de 5/8 : pas simple du tout à placer, mais terriblement efficace et fun une fois qu’on le contrôle !

Concernant le rythme en lui-même, il faut le comprendre de la même manière que le groove de Sound Of Muzak (voir mon explication plus haut). Dans le cas de Mother And Child Divided, le schéma rythmique GC/CC tourne sur un 5/8 (au lieu d’un 7/8 dans le cas de Sound Of Muzak). Par dessus, on créé l’illusion en maintenant un ostinato de HH en croches accentué de façon binaire, comme sur du 4/4 standard : vous commencez à connaitre le film… C’est pourquoi les accents au HH se décalent sur les contre-temps du second 5/8 avant de se recaler « naturellement » au début du 6/8 qui termine le cycle (car 2x 5/8 = 5/4).

Une fois de plus, bon courage, ce plan rend complètement épileptique et m’a mis un bon moment en PLS 😉

Anesthetize

Nous arrivons au terme de ce medley et de cette analyse de style. Pour finir en beauté, j’ai choisi de conclure avec un extrait d’Anesthetize, un morceau fleuve génial devenu culte pour les fans du groupe. Ce titre combine le plaisir de jeu et le plaisir d’écoute, ce qui est rare !

On y trouve un mélange de groove hypnotisant (obtenu par la combinaison d’un riff de guitare en stéréo, d’une boucle de claviers électro en doubles et d’une batterie un peu tribale) et de passages métal cathartiques. C’est juste brillant !

Commençons par jeter un oeil sur le groove tribal en 4/4 sur lequel repose une bonne partie de cet extrait :

Voici comment interpréter ce groove :

  • la base est un « tapis » de 16 CC en doubles croches jouées en frisé (DGDG) qu’on prendra soin de faire sonner en sourdine. Il faut vraiment que cela soit joué finement, comme un buzz en arrière-plan
  • sur cette base, on peut doubler quelques notes en roulés (DDGG), toujours en ghost notes (exemples : 4ème temps de M259, 3ème temps de M261…)
  • ensuite, on marque des accents à la CC ici où là. Le plan n’est pas figé sur ce point, mais une observation globale de la partition permet de mettre en évidence des placements d’accents de CC récurrents avec lesquels on peut jouer. A ce stade, c’est presque un exercice de rudiments de CC, avec une alternance frisés/roulés et un travail d’accentuation. Ce n’est pas noté sur le relevé, mais accompagner les temps au pied de charleston peut être une bonne chose pour aider à maintenir la pulse
  • on rajoute alors les GC, qui viennent construire le rythme, principalement le bon vieux combo croche pointée – double et quelques doublets à la double, souvent avant les break
  • enfin, on déplace ponctuellement les mains sur les toms, toujours en frisé, et en accentuant bien les coups pour donner cet aspect tribal. Pour passer sur les toms, on privilégiera le 4ème temps des mesures en terminant parfois le fill sur le 1er temps de la mesure suivante !

Ce qui est cool, c’est qu’on a une grande marge d’improvisation pour s’éclater sur ce plan ! En définitive, c’est juste un tapis de doubles croches où tout se joue sur le contrôle et le placement des accents.

On enchaine ensuite sur un passage métal en asymétrique :

Ici, on est sur un pur plan de métal progressif découpé en 5/8 – 6/8 – 4/4. La crash (ou la chinese, ou toute autre cymbale bruyante…) donne le ton et il faut envoyer du bois en plaçant des séries de GC à la double en frisé. La difficulté réside dans le fait de bien respecter les métriques et de ne pas se perdre car cela va quand même assez vite ! On termine à chaque fois sur un petit break sympa sur le dernier temps de la mesure en 4/4. Pas de conseil particulier, l’écoute et la partition permettent de bien capter le truc. En tout cas, c’est super fun à jouer !

Un petit mot maintenant sur le groove suivant en 4/4, qui précède le bridge et que l’on retrouvera à la toute fin du medley. En voici un extrait :

Après la déferlante de notes du passage précédent, ce plan, presque dansant et accompagné d’une rythmique guitare hypnotique, procure une respiration salvatrice. Deux points principaux à évoquer ici :

  • le rythme est basé sur un débit presque continu en doubles croches, maintenu par la présence de nombreuses ghost notes à la CC. On est pas loin d’un plan funk à la David Garibaldi ! Sauf qu’il n’y pas de moulins ici. Toutes les CC, accentuées ou non, sont jouées à la main gauche.
  • mais bon… ça reste du prog, donc on ajoute sur chaque 1er temps une ouverture de charley bien marquée qui donne le groove caractéristique de ce passage (j’ai déjà évoqué plus haut un effet similaire dans le pont de Blackest Eyes).

Le déchiffrage est assez simple, pour l’exécution ce n’est pas la même limonade !

Le dernier passage que je souhaite évoquer est le pont de coordination que l’on entend vers la fin du medley :

Il s’agit d’un cycle en 4/4 – 4/4 – 3/4, mais avec un agencement très particulier car on break dès le début de la deuxième mesure en 4/4 !

Pour en simplifier la compréhension, j’ai ajouté des éléments sur la partition :

  • tout d’abord le doigté pour les CC (évidemment, rien d’obligatoire, c’est une suggestion) : on remarque qu’il peut être pratique de démarrer cette deuxième mesure par un demi-moulin, d’enchainer avec uniquement des mains gauches sur les ghost et de revenir en frisé sur la dernière mesure
  • les 3ème et 4ème temps de la deuxième mesure peuvent se penser en 123 123 12 avec accentuation des 1 (pêches GC/cymbale) pour produire l’effet de coordination recherché. Les CC sont vraiment suggérées sur ce passage.
  • attention aux syncopes bien marquées sur la fin du 3/4, qui permettent de retomber sur le cycle suivant.

Vous verrez sur la partition complète des variantes de break très cool à faire, mais le principe global reste le même. Un plan difficile à exécuter ! Mais bon, à ce stade, on est plus à cela près…

Voilà qui termine ce tour d’horizon de Porcupine Tree. J’espère que cette analyse aura permis à certains de mieux appréhender le style de ce batteur de génie qu’est Gavin Harrison, et à d’autres de le (re-)découvrir !

N’hésitez pas à échanger avec moi et à poser des questions dans les commentaires : vous l’aurez compris, le sujet me passionne… Sans oublier que cela reste ma vision personnelle de son jeu, forcément subjective et non exempte de défauts 😉

Éclatez-vous bien !!!

Batteur : Gavin Harrison

je le dis souvent, mais là je ne peux pas faire autrement : Gavin Harrison, c’est le nec plus ultra !!! Encore un batteur anglais qui déboite tout… Je l’ai découvert et l’apprécie principalement dans Porcupine Tree, mais c’est un batteur de session complet ayant notamment accompagné Iggy Pop et participé à de nombreux autres projets, tous aussi bons les uns que les autres (parmi mes préférés : King Crimson, OSI, Blackfield ou encore The Pineapple Thief récemment).

Influencé par Steve Gadd et Jeff Porcaro (Toto), Harrison possède au départ une technique plutôt jazz, qu’il a par la suite mise au service d’un jeu plus punchy lorsqu’il a commencé à se faire connaitre sur la scène du rock progressif. C’est un bosseur acharné qui possède un son remarquable (il joue sur une Sonor SQ2). Son jeu peut être décrit comme un croisement entre celui de Neil Peart (Rush) pour la maitrise des rythmes composés/asymétriques et celui de Stewart Copeland (ou Manu Katché) pour l’utilisation très colorée des cymbales. Un parfait équilibre entre rigueur et feeling dans l’interprétation !

Sa particularité vient aussi de l’utilisation récurrente qu’il fait des illusions rythmiques. Il détaille cette approche polyrythmique basée sur le placement des accents dans deux ouvrages pédagogiques : « Rhythmic Illusions » et « Rhythmic Perspectives ». J’adore ces concepts et vous en trouverez plusieurs exemples sur le site.

En résumé : si vous ne le connaissez pas, il faut absolument remédier à cela !

Artiste : Porcupine Tree

Formé à la fin des années 80, Porcupine Tree est à l’origine un projet personnel de Steven Wilson, compositeur/guitariste/chanteur anglais de talent (accessoirement fan de Pink Floyd et excellent ingénieur du son). Les premiers opus du groupe consistent en des expérimentations studios de Wilson : il faudra attendre le milieu des années 90 pour que celui-ci s’entoure d’un « vrai groupe ». L’arrivée de musiciens exceptionnels (Richard Barbieri aux claviers, Colin Edwin à la basse, Gavin Harrison à la batterie…), auxquels Wilson laissera une grande liberté d’interprétation, permettra à Porcupine Tree de franchir un cap et de s’illustrer avec brio sur la scène prog.

Malheureusement, le groupe a cessé ses activités en 2010, chaque membre ayant préféré s’investir dans d’autres projets. Steven Wilson mène d’ailleurs depuis une carrière solo bien remplie. Nous ne sommes cependant pas à l’abri d’une reformation ponctuelle pouvant donner naissance à une nouvelle pépite, le groupe n’ayant jamais été officiellement dissous…

Même s’il surfe sur l’héritage de Pink Floyd, Wilson a su donner une vraie personnalité au groupe avec des compositions lorgnant aussi bien du côté de la pop que du métal.

Je suis un grand admirateur de leur travail, car c’est l’un des rares groupes qui peut passer, tout en restant cohérent, de morceaux accessibles à des compos alambiquées. Chaque morceau possède plusieurs couches de lecture et les sections rythmiques et mélodiques sont toujours en parfaite symbiose.

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